Architecture professor wants world-class park

Janine Debanné is an associate professor at the Carleton University School of Architecture. Read her perspective on the design proposals for Lansdowne Park (available in French only).

La professeure agrégée en architecture à l’Université Carleton, Janine Debanné, avise les conseillers d’Ottawa de son expertise en aménagement paysager pour la revitalisation du parc Lansdowne.

Un parc à Lansdowne: pas si bête, au fond.

Maintenant que nous avons en main les propositions des architectes pour les deux volets du projet Lansdowne (la partie stade et développement commercial du consortium OSEG, et la partie parc “cour avant” du domaine public) et que nous avons écouté tous les arguments, le moment est venu de faire le point. À quelques jours du vote final des conseillers municipaux, ne faut-il pas jeter un dernier regard en arrière sur le parc Lansdowne, faire un pas en arrière afin de mieux avancer ?

Jusqu’à ce jour, le parc Lansdowne a été une sorte de parenthèse dans la capitale nationale : il évoque épisodiquement son potentiel comme fabuleux lieu de fête, notamment pendant la Super Ex, ou lors des jours de marché, aux flancs du merveilleux pavillon Aberdeen. Mais le plus souvent, le parc Lansdowne est dominé par une immense ère de parking bétonnée, et nous voulons tous que cela change.

Il n’en est pas moins que les mètres carrés du parc Lansdowne abritent un potentiel énorme comme lieu identitaire urbain de haute signification, comme source de revenue pour la ville, et comme réponse à des désirs et besoins très pratiques des citoyens tels le divertissement et le sport.

Dans tout cela, comment justifier l’insertion d’un centre commercial et cinéplex dans les précieux mètres carrés de Lansdowne, déjà bien revendiqués pour servir d’autres fins ? Et dans quelles circonstances peut-on justifier le transfert du patrimoine public au secteur privé, en particulier lorsqu’il s’agit d’un parc ? La réponse est simple : quand on a perdu le sens de la ville.

À l’ère des villes durables, de la planification verte, de la densification et des villes où l'on peut marcher, le parc urbain est encore plus valable que jamais. Certes, un parc urbain bien conçu coûte cher à construire et à entretenir. (Nous ne parlons pas ici de la spécialité d’Ottawa : les languettes de verdure longeant nos promenades, qui ne profitent qu'aux automobilistes, ni des petits parcs de quartier comportant glissoires et tables de pique-nique - qui sont toutefois utiles - ni des parcs extra-urbains non accessibles par le transport en commun, mais d’un parc d’envergure civique située au cœur de la ville). Comme le montre l’histoire urbaine, ces endroits sont les ancres culturelles et environnementales des villes. Ce sont même, à long terme, des sources de revenus pour la ville car les valeurs foncières augmentent autour d'un parc et parce qu’ils contribuent à rendre la ville plus attirante pour les entreprises, etc. Le grand parc urbain est l’envers de la densification, la contrepartie des logements restreints et, tout simplement, un salon noble et spacieux où tous les citoyens peuvent se retrouver : les citoyens d’hier, les familles nouvellement arrivées au Canada, les riches et les pauvres. Il rend possible la vie urbaine. Et Ottawa n’en possède pas. (Oui, c’est vrai : il n’y a qu’à regarder un plan des espaces verts du centre ville d’Ottawa pour le conclure!).

À court terme, la ville est obligée de chercher le concours des promoteurs pour défrayer certains coûts des associés à rénover Lansdowne. (Même si, dans le cas présent, ce sont les citoyens d’Ottawa qui payent pour la réparation du stade Frank Clair, ainsi que pour le site lui même – le public a donné son appui financier au site pendant toutes ces décennies pour le voir, en bout de ligne, remis gratuitement entre les mains de promoteurs). Cependant, à long terme, la ville perd de façon incalculable en renonçant au contrôle de son patrimoine collectif.

Dans son état défraîchi, Lansdowne est encore à construire. Il reste à espérer que les conseillers municipaux choisiront pour ce lieu un avenir de longue haleine plutôt qu’un projet d’allure séduisante mais dont la substance est, au mieux, carencée.

Janine Debanné
Professeure Agrégée
Azrieli School of Architecture and Urbanism

 

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